Longueur de bastaing : longueur de la pagaie+60cm, au minimum : les extrémités des bastaings sont souvent fendillées, à cause d’un séchage trop rapide.
Si vous êtes sur de votre coup, d’autres bois sont plus nobles : le meilleur est le Sitka Spruce (sorte d’épicéa d’Alaska) : c’est en effet le bois qui a le meilleur rapport poids/résistance. Sa densité est également idéale. Il a cependant 2 inconvénients : il s’émousse facilement aux chocs, et son prix. En Bretagne on peut en trouver : Chez Castel Bois (près de Brest), qualité « Grade A » (le top du top!), mais le prix est exorbitant!
Chez Bois de Saint-Malo : arrivages occasionnels de Grade B, un peu moins beau, mais moins cher (attention, avec un arrivage, on a eu des problèmes de tensions internes dans le bois, c’est invisible lors de l’achat, mais lorsqu’on le fait refendre aux dimensions, certaines planches se sont fendues sur plus d’un mètre!!!!)
Un autre bois est également correct : le pin d’Orégon : bois souvent utilisé pour les matures de voiliers pour ceux qui ne pouvaient s’offrir le luxe du Spruce. C’est un sapin très rouge, plus lourd que le spruce. On peut en trouver de très belle qualité chez Peltier Bois (Magasins un peu partout en France, dont Fougère et Nantes). Attention, Peltier Bois ne vend qu’aux professionnels!
Dernière minute : j’ai eu l’occasion de voire des pagaies fabriquées avec de l’Igarka : épicéa de Russie. C’est un bois blond, droit de fil, sans nœuds, et pas trop cher…enfin la solution miracle?? Ce bois semble encore assez peu connu…on doit pouvoir en trouver à la scierie Soulaine, à Questembert (merci à Alain de Kerlo kayaks pour le tuyau).
Dimensions principales
Avant de faire raboter et dégauchir votre bois chez votre menuisier préféré (c’est tellement plus facile de travailler sur une belle surface plane!), il vous faut déterminer les principales dimensions de votre pagaie.
Ø La longueur de la pagaie dépend de votre taille, mais également de la largeur de votre bateau. Théoriquement, la pagaie doit arriver à hauteur de la première phalange de votre main tendue, bras levé. Plus un bateau est large et plus la pagaie est longue. Il ne me semblerai pas très raisonnable d’utiliser une pagaie Groenlandaise sur un Bélouga : concilier confort et faible prise au vent serai difficile.
Ø Largeur maximale de la pagaie : il vous faut être capable de tenir confortablement la pale : en décalant les mains sur la pagaie, on augmente le bras de levier pour tourner, esquimoter, taper sur le jet-ski trop bruyant…
Ø Épaisseur maximale de la pagaie : dépend du bois utilisé, et de sa densité (attention, au sein d’une espèce, la densité peut varier sensiblement). Comptez environ 38mm pour du spruce, 36-37mm pour du Nord Blanc, 35mm pour du pin d’Orégon. Dans le doute, rajoutez 2mm, si la pagaie finie est trop lourde, il sera toujours possible d’enlever un peu de bois.
La pagaie que je vais décrire ne correspond pas à un modèle précis. Elle est plutôt typée Ouest-Groenland. Les dimensions indiquées sont celles de mes pagaies en pin d’Orégon. A titre d’info, je mesure 1,83 mètres, d’une force moyenne, j’utilise de bateaux de 48 à 52 cm de large (kayak Ouest-Groenlandais, Est-Groenlandais et Nordkapp). Ces pagaies me conviendraient très bien pour un Kitiwec ou pour un Catchiky. Je les utilise aussi sur mon Grand-Bois de 60cm de large…mais pas sur un Arktika…pourtant c’est le même bateau…sauf que le pont n’a pas la même forme!
A : Longueur : 2,22m
B : Largeur maxi : 84mm ou 86 mm
C : Épaisseur : selon densité du bois (cf ci-dessus)
D : Largeur au manche : 28 mm
E : Longueur du manche : 480mm (largeur de vos épaules + 2cm)
F : Longueur des pales : 840mm
G : Longueur des « transitions » : 30mm
H : Largeur des pales au plus faible : 40mm
I : épaisseur en bout de pale : 10mm
J : épaisseur du chant de la pale : 8mm
A, B et E dépendent de vous. C, G, H, I et J sont les valeurs que je vous conseille.
F = (A - 2G – E) / 2
Poids de la pagaie : environ 1,15kg (le poids d’une pagaie groenlandaise est moins gênant que sur une pagaie « Européenne » : vous pagayez plus bas et plus proche de votre buste, en plus, le volume de la pale immergée donne une flottabilité intéressante, soulageant ainsi vos épaules).
Pour mes pagaies de secours : construction et dimensions identiques sauf :
A : 1900mm
E : 160mm
Le manche ultra-court de cette pagaie oblige à pagayer en « alterné » : la main supérieure est en milieu de pale, la main inférieur sur le manche, à chaque coup de pagaie il faut décaler ses mains…entraînez-vous!!
Traçage et découpe de la forme
Première étape de la fabrication : traçage de la forme de la pagaie. Vérifiez bien tous vos tracés…une erreur est vite arrivée. Vérifiez que la forme tracée soit symétrique.
Coupez à 2mm du tracé, puis finissez avec un petit rabot. En raison de l’épaisseur du bois, si vous utilisez une scie sauteuse, assurez-vous que la lame reste perpendiculaire au bois (la lame est relativement souple). Si vous êtes devenu le meilleur ami du menuisier local, c’est le moment de faire un tour dans son atelier…en 3 minutes il vous fera une découpe propre à la scie à ruban…mais bon c’est tricher!!
Coupe dans l’épaisseur
Il vous faut maintenant rendre les extrémités de la pagaie plus fines. Le plus simple est de faire ainsi :
Les puristes peuvent rendre le manche plus épais au centre, mais cela n’ajoute rien d’autre que du poids en plus!
Pour enlever de la matière, utilisez un rabot électrique pour commencer, puis un rabot.
Vous pouvez tout faire avec un rabot (j’ai fait ma première pagaie avec une scie et un ciseau à bois…).
Faites attention au fil du bois : avec un rabot ou un ciseau, il faut toujours travailler dans le fil : vous devez enlever des copeaux réguliers, si vous arrachez de grosses « échardes », c’est que vous êtes dans le mauvais sens. Méfiez-vous également des nœuds que vous pouvez avoir (si bois imparfait tel que Nord-Blanc) : aux alentours des nœuds, le fil est détourné, et le nœud est toujours très dur.
Sections
Le but du jeu est d’obtenir une section de pale en dièdre et une section de manche ovale, avec une transition agréable pour les mains. Pour la section ovale du manche, on commencera par le tailler en octogone (irrégulier), puis on cassera les angles :
Note : pour la pagaie longue, il est possible d’affiner J à 6 mm, uniquement vers le bout des pales, afin d’avoir une pagaie plus vivante. Attention à garder 8mm sur la pagaie de secours, pour le confort des mains. Même sur la pagaie longue, on est appelé à tenir la pagaie par la pale, rendre J trop fin peut vous empêcher d’utiliser la pagaie comme une pagaie groenlandaise.
Tracer les repères permettant d’obtenir les sections voulues :
Vue du dessus :
Noter que la section arrondie se poursuit sur 30mm sur la pale : la position normale des mains est : index sur le manche, majeur, annulaire et petit doigt sur la transition ou sur la pale (on peut aussi avoir index et majeur sur le manche, annulaire et petit doigt sur la transition). Garder une section arrondie sur le début de la pale permet une meilleure ergonomie.
Vue de coté :
Une fois les repères tracés, cassez les angles de manière à façonner les sections voulues. Pour ce travail, l’outil idéal est le Vastringue, malheureusement difficilement trouvable en France (sauf mauvaise qualité). Record Tools et Stanley en fabriquent de bons modèles…peut-être peut-on les trouver sur internet (si vous trouvez, faites le moi savoir!). Le rabot (sauf très court) ne permet pas de façonner ces faces dont l’angle varie. Une plane peut venir à bout du travail, mais demandera plus de rigueur et d’attention.
Vers les extrémités des pales, il sera difficile d’obtenir une arrête bien rectiligne : les faces des pales deviennent de plus en plus parallèles. Faites de votre mieux pour avoir une arrête droite, ensuite, il suffit de casser l’arrête en la ponçant pour faire disparaître ce petit défaut.
A ce stade des opérations, votre bout de bois ressemble beaucoup à votre future pagaie…
Détails
Juste quelques détails à régler : finition du manche : pour passer de l’octogone à l’ovale, cassez les angles, puis poncez jusqu’à obtenir la forme voulue.
Cassez également les angles des transitions, puis poncez pour obtenir une bonne prise en main.
Arrondissez les bords de pales.
Donnez la forme suivante aux bouts de pales (coupez selon les lignes fines, puis arrondissez selon les pointillez). La forme finale doit ressembler à une « anse de panier ». Évitez les bouts de pales en demi-cercle : leur entrée dans l’eau est moins bonne que la forme plus « rectangulaire » de l’anse de panier.
Finitions
Poncez finement la pagaie. Utilisez-la telle-quelle pour une courte sortie (elle sera rappeuse pour vos mains, c’est normal), puis avant qu’elle ne soit sèche, poncez la à nouveau.
Vous pouvez ensuite la vernir ou la passer à l’huile de lin. L’avantage de l’huile de lin est de laisser le bois s’humidifier et sécher naturellement, par contre, une finition à l’huile de lin rend la pagaie glissante pendant les premières utilisations, et il est nécessaire d’appliquer de l’huile environ 2 fois par an. (personnellement je préfère l’huile de lin au vernis).
Si vous décidez de vernir la pagaie, frotter la après séchage du vernis avec de la laine de fer très fine afin de déglacer le vernis et de le rendre moins glissant.
Huile de lin : première couche 70% essence de térébenthine, 30% d’huile de lin, puis lors des autres couches, augmentez la quantité d’huile de lin jusqu’à environ 70%, contre 30% d’essence de térébenthine. Le mélange pénétrera mieux si vous le chauffez au bain-marie. Appliquez environ 4 couches sur une pagaie neuve.
Utilisation de la pagaie
En propulsion, il faudra vous habituer à pagayer avec les mains plus proches qu’avec une pagaie standard, plus bas et plus près de votre buste : la pagaie est moins lourde ainsi que portée à bout de bras.
Ces pagaies sont très parlantes : si elles vibrent ou si elles font des tourbillons, c’est que vous vous y prenez mal. Essayez alors d’incliner votre pagaie (bord supérieur de la pale vers l’avant) et de donner du mouvement latéral (comme sur une pagaie cueillere), les filets d’eau doivent alors s’accrocher, et votre rendement s’améliorer. Ne cherchez pas dans un premier temps à avoir de la puissance, mais plus à avoir un meilleur rendement. S’habituer à cette nouvelle pagaie prendra du temps…soyez patient, ne la jetez pas aux oubliettes après une seule sortie!!
Manœuvres : La possibilité de décaler ses mains permet d’avoir un bras de levier monstrueux pour toutes vos manœuvres : circulaires, appuis, esquimautages. Pour les appels d’incidence, je préfère garder mes mains en position normale.
Pagaie de secours : on a déjà vu qu’il fallait décaler ses mains en permanence pour pagayer. Décalée au maximum, cette pagaie à la même puissance qu’une pagaie standard pour les manœuvres.
Le gros avantage de cette pagaie de secours par rapport aux pagaies démontables est d’être opérationnelle en un clin d’œil : fixez la sur le pont avec seulement 2 élastiques et vous serez capable de la dégager sous l’eau pour esquimauter si vous avez perdu ou cassé votre pagaie principale. Pour la rendre plus facilement accessible, j’aime la positionner sur le pont avant du bateau. Pensez à introduire une bille de bois (boule de racage en vente chez les shipchandlers) dans l’élastique le plus près de la pointe afin de pouvoir remettre en place la pagaie, sans aide extérieure.
A mon avis la pagaie de secours groenlandaise est un plus réel pour la sécurité par rapport aux pagaies démontables (essayez donc de remonter seul une pagaie, même si les vagues sont petites!)…si vous veniez à abandonner la pagaie principale groenlandaise (malgré ses avantages : moins de fatigues, moins de tendinites, matériaux chaleureux, finesse du coup de pagaie), pensez à garder la pagaie de secours…elle m’a déjà sorti d’un mauvais pas : dessalage et perte de la pagaie principale dans les vagues et dans les cailloux (je crois bien en avoir toucher de ma tête ce jour là…), et depuis je refuse de naviguer sans elle!
Et bien voilà, le virus Internet a encore frappé...
Mais comme je suis un gros fainéant, je n'ai pas eu le courage de créer un vrai site et me suis rabattu sur la solution du "blog".
Mon but est de partager mon goût pour les petites embarcations: à voile, pagaie ou avirons...pourvu qu'il n'y ai pas de moteur!
L'intérêt premier des ces petits bateaux est à mes yeux de permettre de naviguer sans contraintes: pas de place de port, coût à l'achat et d'entretient réduit, permettant d'être rapidement sur l'eau sans avoir à passer des heures en vernis, réparations et préparations diverses; et offrant aussi la possibilité de changer de zone de navigation très facilement: tous ces bateaux sont transportables sur remorque ou sur le toit d'une voiture, on "navigue" ainsi à 130km/h...idéal pour découvrir de nouveaux coins, rejoindre un rassemblement, ou effectuer des migrations saisonnières (le printemps en Corse et l'été en Irlande). L'intéret écologique par rapport à de plus gros bateaux est également indéniable: un monocoque de 10 mètre pèse en moyenne 3,5 à 4 tonnes, contre 160kg (ballasts vides) pour un "Petite Lili"...c'est autant de matériaux (fortement poluants) de moins, d'économie d'énergie lors de la construction, des transports, pas de moteur, pas d'antifouling...le bateau écolo est à mon avis tout d'abord un petit bateau!!
Il y a deux types de documents sur ce site: les photos avec textes (dans la colonne de gauche: fenêtres "articles récents" et "archives) et les photos sans textes (toujours dans la colonne de gauche: fenêtre "album photos").
Hervé
P.S: pour ceux qui se demanderaient d'où vient le nom Penamen...Pen A Men est traditionellement le nom des bateaux dans la famille et veut dire "tête de caillou" ou "tête du caillou", en Breton. Par exemple mes 4 kayaks portent respectivement les noms de Pen A Men, Pen A Men II, Pen A Men III et Pen A Men IV...quand à mon prochain bateau, ce sera Pen A Men V...pas beaucoup d'imagination me direz vous...

photo prise sur "Tara5"...un petit bateau de seulement 36 mètres...
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